Agnès Pataux

Portrait d’Agnès Pataux par Milan Szypura

Agnès Pataux, photographe auteur indépendante née en 1957, vit à Paris. Elle s’intéresse à la photographie dès 1978. C’est en 1983, après avoir rencontré Seymour Jacobs et fait le choix d’utiliser un appareil moyen format 6×6, qu’elle devient photographe, exclusivement en noir et blanc argentique.

D’abord paysagiste sur la côte normande entre Dieppe et Étretat, portraitiste des effigies sculptées dans les cimetières à Paris, Nice, Gênes et Rome, elle se rend ensuite fréquemment en Irlande entre 1992 et 2003. Elle est l’auteur de « Irlande, au rivage de l’Europe » (Préface de Colm Tóibín) aux Editions 5 Continents. Elle poursuivra en 2005 son travail sur le thème initié en Irlande, les portraits de célibataires en milieu rural en France, dans le Cantal et l’Aubrac. La monographie « Célibataires » (Texte d’Alain Badiou) est publiée aux éditions Flammarion en 2013.
Agnès Pataux s’intéresse à l’Afrique depuis sa première visite en 1998 chez le peuple Dogon. Son travail « Dogon, gens de la falaise » (Préface Geneviève Calame-Griaule) a été publié aux Editions 5 Continents en 2004, puis en 2011aux éditions Gourcuff-Gradenigo sous le titre « Dogon » (Préface d’Hélène Leloup).             
Depuis 2002 elle poursuit un travail sur la confrérie des chasseurs (Donso) et sur les ritualistes et leurs objets de culte au Burkina Faso (chez les Lobi, les Gan, les Dian, les Bérifon, les Turka, les Sénoufo… ), au Bénin (chez les Fon), au Mali (en Pays Mandé et dans le Miniankala) puis en Guinée (chez les Malinké). Un livre « Cœur blanc, ventre blanc, fétiches et féticheurs » (Préface d’Hélène Joubert) a été publié en 2011 sur le thème.

Lauréate du prix « Nature et Découverte » en 2003, elle est finaliste du « Prix Femme Artiste des Amis du National Museum of Women in the Arts » de Washington en 2007. En 2008, les collections nationales françaises – musée du quai Branly – font l’acquisition d’une série de ses photographies de « Tradipraticiens et objets de culte ». En 2014, ce sont les Archives départementales du Cantal qui font l’acquisition de portraits de Célibataires. Elle est également finaliste de l’édition 2017/2018 de la « Bourse des Amis du Musée Albert-Kahn ».
En 2018, Agnès Pataux met en scène les constantes formelles et subjectives qui s’imposent comme une évidence au travers des différentes thématiques en présentant l’ensemble du corpus photographique dans une exposition qu’elle intitule « Aller, être et dire » au Centre Culturel Nicolas-Pomel – Issoire (Puy de Dôme). Plus récemment, elle a participé à l’exposition « Regarder le corps des femmes » organisée par Immix galerie à Paris en avril – mai 2019.

 

« DONSO et SOMA » Afrique de l’Ouest

Jardin d’hiver, Salle des mariages, Mairie de Saint-Brieuc

Le travail noir et blanc d’Agnès Pataux nous emmène à la rencontre d’une dizaine d’ethnies différentes au Burkina Faso, Bénin, Guinée et au Mali.
Le donso est littéralement celui qui rentre à la maison après un long séjour en brousse. En effet de par sa nature de chasseur, il arpente inlassablement la brousse à la recherche de gibier. La société des donsow, donso tòn, est une confrérie initiatique fondée sur la fraternité universelle, l’amour du prochain, la droiture morale et spirituelle, le respect dû à son semblable, la protection assurée aux uns et aux autres, y compris à l’étranger. Elle est ouverte à tous et compte des membres de tous âges et de toutes conditions sociales, y compris des femmes. L’initiation se fait par degrés, sous la conduite d’un maître chasseur choisi par le postulant. La seule hiérarchisation en son sein est celle de l’ancienneté de l’admission.

Dès le 13ème siècle, la Charte du Mandé en formula la philosophie, préfigurant ainsi les déclarations des droits de l’homme et l’abolition de l’esclavage. Dans son article premier, les chasseurs déclarent : « Toute vie [humaine] est une vie. Il est vrai qu’une vie apparaît à l’existence avant une autre vie. Mais une vie n’est pas plus « ancienne », plus respectable qu’une autre vie. De même qu’une vie n’est pas supérieure à une autre vie.

Soma désigne les guérisseurs. La première rencontre avec les objets communément appelés « fétiches » provoque de nombreuses émotions. Ces objets, témoins de faits culturels dont ils sont constitutifs, donnent à voir une énigme. Leur étonnante diversité suscite la curiosité, incite à la collecte photographique qui peu à peu prend forme d’initiation. Que ces objets soient sculptures figuratives ou formes insolites confinant à l’abstraction, qu’ils soient pris ou non dans un dispositif d’installation, ils témoignent de la mise en œuvre des facultés créatrices humaines. Le tradipraticien entretient une relation singulière avec l’objet-fétiche dont il est propriétaire. Il est le plus souvent devin, thérapeute, herboriste, initié à une société secrète.

Le pays Dogon au Mali est remarquable. Falaises, visages, plateaux, rides, corps, failles, écorces des baobabs, peaux, architectures… Agnès Pataux a su révéler sans les trahir ces paysages majestueux et ces êtres dignes et, par nécessité, obstinés. Rendre hommage, selon la devise du peuple Dogon sur l’autel de leurs ancêtres citées par Geneviève Calame-Griaule, à ces « équilibreurs de degrés ».