Les fétiches « sont impressionnants, voire effrayants. Pour moi, ils étaient, et sont encore parfois, énigmatiques »

L’exposition d’Agnès Pataux, « Donso et Soma- Afrique de l’Ouest », nous plonge dans l’univers des guérisseurs traditionnels animistes et des donsow, dans des hameaux de brousse en Afrique de l’Ouest.

 

 

« Donso et Soma- Afrique de l’Ouest », c’est le titre votre exposition pour le Photo Festival. Qu’est-ce que cache cet intitulé ?

Avec le directeur artistique du festival, nous avons sélectionné une quarantaine de photographies réalisées au cours de différents séjours à la rencontre des guérisseurs traditionnels et des donsow, dans une dizaine d’ethnies différentes, en Guinée, au Mali, au Burkina Faso et au Bénin. Les Donsow sont plus que des « chasseurs », ce sont « ceux qui rentrent à la maison après un long séjour en brousse ». Ils sont aussi les protecteurs du village.

 

Les fétiches sont très présents dans vos photos.

Les guérisseurs et la plupart des Donsow possèdent des fétiches. Ces objets font partie de cette culture traditionnelle animiste. Depuis 2002 et jusqu’à présent, je m’intéresse à l’aspect formel de ces objets que l’on peut apparenter à l’Art Brut ; à l’univers de croyance auquel ils appartiennent, l’animisme ; à leur fonction thérapeutique. Pour beaucoup, les fétiches sont impressionnants, voire effrayants. Pour moi, ils étaient, et sont encore parfois, énigmatiques.

Quelles vertus sont attribuées aux fétiches ?

Le fétiche est un intercesseur entre le visible, nous, et l’invisible, Dieu et les ancêtres. Il est ambivalent. Il peut faire le bien, mais aussi le mal, lorsqu’il s’agit de « protéger » celui qui le sollicite. Les animistes lui prêtent toutes sortes de pouvoirs : guérison, prospérité, fertilité, protection…

 

Et vous, croyez-vous au pouvoir des fétiches ?

Je suis une personne de terrain qui procède de manière empirique. J’ai vécu plusieurs expériences saisissantes quant aux pouvoirs attribués à ces objets. Cependant, je dirais qu’à défaut de savoir si j’y crois, il est certain que je ne mets pas en doute la parole du tradipraticien.

 

Toutes vos photos sont posées. C’est un parti-pris ?

Quand j’ai commencé la photographie, je me suis très vite rendue compte que l’instantanée n’était pas fait pour moi. J’ai besoin de me poser avec mon sujet, mon paysage… de prendre le temps de la rencontre. Mon appareil, un moyen format, sur trépied et visée par le haut, permet cet échange.

 

Argentique, noir et blanc, format carré, vous vous imposez beaucoup de « contraintes ».

Ces choix exigeants sont l’essence même de ma photographie. Construire mes photos dans un carré m’est naturel. J’ai beaucoup de respect pour le savoir-faire que suppose le développement des films, la maîtrise du tirage… Et je reste très attachée à la beauté, à mon avis encore incomparable, d’un tirage argentique.

 

Quels sont vos projets ?

J’ai commencé un projet qui m’enthousiasme : les momies en Sicile. Et je continue, avec tout autant d’enthousiasme, une série de portraits-nus.

 

« Donso et Soma- Afrique de l’Ouest », exposition d’Agnès Pataux, au Jardin d’hiver, de la mairie de Saint-Brieuc.

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