« L’église adopte des stratégies de marché »

Avec « In god we trust, voyage au cœur des excentricités de la foi », Cyril Abad dresse un portrait de la religion aux États-Unis. Une expo à découvrir jusqu’au 17 novembre au Carré Rosengart (Saint-Brieuc).

 

 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous intéresser à la religion aux États-Unis ?

C’est « Au pays de Dieu », de Douglas Kennedy, qui m’a donné envie de m’intéresser à ce sujet. Dans cet essai, l’auteur américain fait une analyse caustique du Sud de l’Amérique religieuse à la fin des années 80. J’ai décidé de marcher dans les pas de Douglas Kennedy, mais, sur le terrain, je n’ai pas retrouvé ce qu’il décrivait. Entre-temps, les choses avaient changé…

 

Quelle Amérique religieuse avez-vous trouvé ?

Les méga-churches existent toujours mais séduisent moins les paroissiens. J’ai découvert des religions de niche. En fait, il y a une église pour n’importe quelle communauté : pour les surfers, les bikers, les pêcheurs… Pour illustrer cette tendance, j’ai choisi de photographier la niche la plus singulière : celle des naturistes. On voit ainsi un prêtre qui officie nu face à des fidèles nus…

 

Cette tendance est le symptôme d’un mouvement plus profond que vous avez également photographié.

Pour capter des fidèles, l’église adopte des stratégies de marché et propose ainsi de nouvelles offres en fonction des besoins des fidèles. Il y a l’église mobile pour des cérémonies de mariage pas chères et faciles. Il y a ces offices géants auxquels on peut assister de sa voiture avec son animal domestique. Le summum, ce sont ces églises sans confession qui essaient de séduire les athées, une cible jusqu’ici intouchable. Pourtant, grâce à différentes stratégies, elles arrivent à leur fin, car dans le sud des États-Unis, être athée est considéré comme douteux. Il faut appartenir à un club !

 

Votre regard photographique n’est ni moqueur ni accusateur.

J’ai voulu dresser une cartographie de la religion aux États-Unis à travers différents axes. J’ai fait attention de ne pas être jugeant. Il y a juste les photos sur l’Ark Encounter (À la rencontre de l’arche) à travers lesquelles j’insiste sur les théories créationnistes de ce musée. Ce lieu représente un vrai danger notamment pour les enfants. Une procédure est d’ailleurs en cours pour maltraitance.

 

Avez-vous montré votre travail à Douglas Kennedy ?

J’ai eu cette chance ! Un échange sur nos deux expériences est même paru dans la revue Six mois.

 

« In god we trust, voyage au cœur des excentricités de la foi »,
de Cyril Abad, jusqu’au 17 novembre,
au Carré Rosengart (Saint-Brieuc). Entrée gratuite.

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