« Luminescences »… sur l’adolescence

Lucie Pastureau a photographié des adolescents hospitalisés et utilisé différents procédés pour capter leurs individualités. Un voyage entre réalité et surnaturel.

 

Comment est née « Luminescences » ?

« Luminescences » est née d’une première résidence de cinq mois dans l’Unité de santé de l’adolescent, à Lille en 2017. Je suis arrivée dans ce service suite à des échanges avec Guillaume Darchy, référent culturel à l’hôpital, mais aussi éducateur spécialisé et psychanalyste. J’avais cette envie depuis de nombreuses années de continuer un travail sur cette période qui me fascine, l’adolescence.
Dans cette unité de l’adolescent, on ne traite pas une pathologie en particulier, on aide les adolescents à se construire un rapport au monde plus supportable… Guillaume s’inscrit complètement dans cette démarche. Il estime que l’art peut contribuer au mieux-être et surtout qu’il faut ouvrir l’hôpital au reste du monde.

 

Il ne s’agit pas d’art thérapie.

Pas du tout. Guillaume m’a laissé carte blanche. Les premières semaines, je n’ai pas pris de photos. Je me suis immergée dans cette unité pour me familiariser à cet univers et pour que les ados et les soignants m’apprivoisent. J’ai participé aux ateliers, j’ai fait du coloriage avec les jeunes, je leur ai posé du vernis, j’ai mangé avec eux, j’ai aussi beaucoup regardé la télé avec eux…

  • Luminescences
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Quand avez-vous commencé à prendre des photos ?

Je ne sais plus… Mais il y a eu un moment clé : une des adolescentes m’a demandé de la photographier. On s’est donné rendez-vous quelques jours plus tard. Le jour J, elle s’était préparée pour moi : elle s’était maquillée, elle avait mis une robe léopard… Il était convenu, pour cette résidence, que je ne photographierais pas les visages, mais là, je ne pouvais pas faire autrement. Cela aurait été lui faire violence que de ne pas la montrer à visage découvert. À partir de ce moment-là, il m’a paru important de « capter » les visages.

 

Comment en êtes-vous arrivée à ces effets de lumières, de positif-négatif… ?

La lumière à l’hôpital me gênait… Il y avait comme un manque d’ombres. J’avais la sensation que cette lumière crue fouillait l’intimité des ados. En laissant une des photographies en négatif, j’ai réalisé que quelque chose se passait : les scarifications sur les bras sont apparues comme moins dures, elles sont devenues presque décoratives. Ce traitement plastique m’est apparu comme un moyen de saisir les individualités, de révéler des choses invisibles, de basculer du réel au surnaturel.

 

Vos photos ne sont pas accompagnées de légendes. Or, on a parfois envie de connaître les maux des adolescents.

Cette exposition ne parle pas de maladies, mais de l’adolescence, de la construction des corps et des individualités, du rapport à l’autre. J’ai recueilli des morceaux de phrases, écrit un poème, Guillaume a écrit un texte analytique, mais je n’ai pas souhaité de légendes. Je ne voulais pas que les adolescents soient associés à une pathologie. Le texte est présent, mais pas pour illustrer les images, il leur fait échos et crée du lien entre elles.

 

Quelles impressions entendues par le public vous touchent le plus ?

« Ça m’a touché », « J’ai retrouvé quelqu’un dans vos photos »…

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