Des portraits entre passé et modernité

En résidence dans l’Agglomération briochine, en juillet dernier, la photographe Florence Levillain est restée fidèle à son goût des rencontres. Elle a réalisée pour le Photo Festival 2019 une vingtaine de portraits dans les pas de Lucien Bailly, photographe briochin du début du 20e siècle.

 

 

Comment vous est venue l’idée de travailler à partir de portraits réalisés par Lucien Bailly ?

Le jury du Photo Festival m’a proposé une résidence. Si j’avais carte blanche, j’ai senti une envie de portraits, d’humain, d’expression d’un territoire à 32 communes… J’ai effectué quelques recherches afin de trouver un fil rouge à ma résidence. Et je suis tombée sur un vieil article sur Lucien Bailly, photographe briochin dont le fonds photographique est conservé au musée d’art et d’histoire de Saint-Brieuc. Je me suis dit que j’allais devenir sa disciple.

 

Qu’est-ce qui vous a séduit chez Lucien Bailly ?

Lucien Bailly était un portraitiste qui photographiait l’aristocratie dans son atelier briochin. C’était un véritable artisan et je me suis reconnue dans cet homme. Je suis issue du milieu de la pub et, comme lui, j’ai une formation très technique.

 

Son travail, aussi, vous a touché.

Au musée de Saint-Brieuc, j’ai découvert une œuvre monumentale en nombre (10 000 pièces dont 7 000 négatifs), en qualité et en sensibilité. Tout est beau : les postures naïves, les écorchures sur les tirages… Le travail de Lucien Bailly est un portrait géant de la société du début du 20e siècle. J’ai eu envie de partir sur ses traces et de trouver les mêmes types de personne que lui.

 

Comment avez-vous trouvé tous ces profils ?

Ce que j’aime dans mon métier, ce sont les rencontres. Dans ma série « Planète Mars au bout de votre rue », c’est ce que je fais : trouver l’étonnant au coin de la rue, montrer les gens tels que je les vois… Je me suis donc baladée dans Saint-Brieuc et son Agglomération. J’ai parlé aux gens et j’ai fait plein de magnifiques rencontres : Hervé, le châtelain du château de Lorge, Frédéric, un centenaire, Joseph, un guide de mine argentifère ou encore Hassan, Raaman et Muhammad, ces migrants pakistanais passionnés de criquet.

 

Pour l’exposition, vos portraits sont mis en parallèle de ceux de Lucien Bailly. S’ils se ressemblent dans la mise en scène, vous avez tout de même mis votre « patte ».

Je me suis inspirée de Lucien Bailly, mais j’ai fait attention de ne pas photographier à la manière de… Comme lui, j’ai fait poser les personnes en « costume », mais j’ai travaillé en couleur, en situation et avec de la lumière artificielle. Lucien Bailly faisait des photos en noir et blanc, en atelier et à la lumière du jour. J’ai aussi utilisé un procédé de post-production qui consiste à juxtaposer trois cadres sur une même image : un cadre contemporain, un autre intermédiaire avec un aspect vieilli et un dernier, plus foncé. Cette juxtaposition crée une sorte de tunnel qui symbolise le temps. Je ne voulais pas tomber dans la nostalgie, le passéisme…

 

« Sur les pas de nos pairs, hommage à Lucien Bailly »,
à la chapelle Lamenais, à Saint-Brieuc,
jusqu’au 17 novembre. Entrée gratuite.

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