Violences faites aux femmes : « Je ne voulais pas tomber dans le côté sensationnel »

L’exposition « Preuves d’amour » de Camille Gharbi traite des féminicides. La photographe aborde ce sujet par l’arme du crime. Le poids de la sobriété.

 

 

Comment est née cette idée d’évoquer les féminicides via l’arme : le marteau, la casserole, le cutter, l’arme à feu…?

C’est la lecture de ce qu’on qualifie encore de « fait divers » dans la presse qui a déclenché cette idée. L’article décrivait le meurtre d’une femme au cutter, un objet familier pour moi qui suis architecte. Cela faisait quelque temps que je voulais traiter des violences faites aux femmes, mais je ne trouvais pas l’angle d’attaque.

 

En passant par l’objet, quels écueils souhaitiez-vous éviter ?

En abordant les féminicides, l’enjeu était de ne pas tomber dans le côté sensationnel, dans le pathos, dans le glauque… Je ne voulais pas d’images violentes face auxquelles on passe vite. L’objectif de « Preuves d’amour » est d’amener les gens à s’arrêter, à se questionner et à se projeter.

 

Les légendes sont simples : des noms de femmes assassinées, leurs âges, des dates et lieux de décès. Vous avez fait le choix de la neutralité.

Je me suis posée beaucoup de questions sur le lien entre légendes et images. J’ai fait pas mal de tests et j’ai choisi de ne pas mettre de détails pour éviter, encore une fois, le sordide et pour pousser à l’imagination.

 

Comment avez-vous procédé pour recenser tous ces crimes ?

Le plus gros du travail a consisté à effectuer des recherches, des analyses… Je me suis beaucoup appuyée sur le collectif Féminicides par compagnon ou ex qui effectue un comptage quotidien des assassinats de femmes dans un cadre conjugal. J’ai également créé une base de données afin de répertorier les faits, les protocoles… C’était particulièrement glauque, mais plus j’avançais, plus j’étais convaincue de devoir mener mon projet à terme.

 

Qu’avez-vous conclu de ces recherches ?

J’ai été frappée par ces histoires qui se répètent. Dans la plupart des cas, les féminicides sont liés à la séparation, la jalousie ou la dispute. Les études qui existent sur le sujet semblent indiquer qu’ils sont finalement rarement commis par des déséquilibrés. Cette répétition donne l’impression que la violence est un phénomène endémique.

 

La scénographie met l’accent sur le côté systématique.

En fonction des lieux d’exposition, les photos – comme au Photo Festival – sont disposées en grille ou en ligne. Ces scénographies « monotones » font échos à la répétition.

 

Sur quel projet travaillez-vous en ce moment ?

Je poursuis mon travail sur les violences conjugales en me focalisant, maintenant, sur le vivant. Je commence à travailler avec des auteurs de violences qui sont suivis par une association. La lutte contre les violences faites aux femmes doit passer par la sanction pénale des auteurs de violences, mais aussi par leur prise en charge thérapeutique.

 

« Preuves d’amour », de Camille Gharbi, jusqu’au 17 novembre,
à la Maison de l’Agglo, à Saint-Brieuc.

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